Élimination ou marquage ?… Votre chat vous parle.

J’ouvre cette première série d’articles avec un sujet qui, j’en suis sûre, va vous passionner !

« Le vrai, le faux, le laid, le beau, tout, tout, tout, vous saurez tout sur le… pipi…», mes respects à notre ami Perret, il est ici question d’un spectre un peu plus large que l’organe mâle du chat.

Contrairement à l’élimination qui comprend plusieurs séquences comportementales acquises (notamment grâce à la mère) et inhérente à la physiologie même de l’individu, le marquage est quant à lui un comportement réactionnel à l’environnement.

Pour faire simple, l’élimination vient d’un stimulus interne (la vessie qui se remplie) et le marquage d’un stimulus externe (présence de rivaux, femelles en chaleur, environnement angoissant…).

Jusqu’ici peut-être rien d’extraordinaire me direz-vous, soit.

Cependant, pour bien distinguer les deux, penchons-nous sur le comportement observable :

Comme précisé plus haut, l’élimination se pratique tel un rituel, tout d’abord le chat fait un repérage visuel (s’il élimine à l’extérieur), ensuite il flaire le sol sur lequel il a jeté son dévolu, le tâte d’une patte ou deux puis commence à creuser un trou peu profond. Il est possible que cette étape soit passée si la mère, lors de cet apprentissage, creusait peu par exemple. A la suite de quoi il s’accroupi, la queue à l’horizontale, avant de recouvrir méticuleusement afin que les odeurs ne soient pas repérables par des prédateurs. Précisons également que l’état émotionnel lors de l’élimination est plutôt calme, le chat prend son temps, les yeux parfois mi-clos signe de bien-être.

A contrario, si l’élimination n’a aucune vocation olfactive, il en est tout autre pour le marquage urinaire. Il est d’ailleurs possible que le chat effectue ce que l’on appelle un « flehmen » (plus spectaculaire chez le cheval avec le retroussement de sa lèvre supérieure). Ce comportement sert à décrypter les phéromones présentes dans l’air.

Bien qu’il existe plusieurs méthodes, celle du marquage urinaire dénote bien souvent un déséquilibre environnemental. Bien évidemment, je ne peux aucunement faire de généralité à ce propos car ceci n’est qu’une réponse à un stimulus externe, tout le travail du comportementaliste est « d’enquêter » sur ce fameux stimulus externe qui vient déranger notre ami félin.

Qu’observe-t-on alors de ce marquage ?

A la différence de l’élimination, le chat ne s’accroupi pas pour le jet d’urine. Après avoir humé l’environnement ou la zone choisie (odeur d’une femelle en chaleur, odeurs étrangères, conflit générant du stress, émotion forte…), le chat se tourne dos à la zone flairée, les pattes postérieures le plus tendues possibles la queue à la verticale (il est possible de percevoir la queue « vibrer » à l’extrémité).

Un jet d’urine est alors émis sur le support vertical, le chat flaire ensuite la zone pour vérifier son marquage. Le jet d’urine est précisément envoyé vers le haut pour correspondre à la hauteur du nez des autres chats passant par là. Le marquage urinaire d’un mâle sert également à attirer les femelles. Si ce comportement de marquage est principalement aperçu chez les mâles, les femelles peuvent y être sujettes également.

Qu’est ce qui peut donc pousser votre Ronron d’amour à marquer au sein même de son « nid » (c’est-à-dire de la maison) ? Cette question est d’autant plus complexe que les réponses sont multiples car en effet cela dépend totalement de l’environnement : arrivée d’un autre chat, arrivée d’un compagnon/d’une compagne, déménagement, stress des autres chats à l’extérieur… La liste est longue et ne s’arrête pas là puisque les animaux ressentent également les émotions de leurs propriétaires et s’y adaptent. Vous l’aurez compris, le marquage a essentiellement un but d’interaction sociale à la fois intra et interspécifique (c’est-à-dire entre des individus de la même espèce et des individus d’espèces différentes).

Le marquage se différencie là encore avec des troubles liés à la « malpropreté » qui sont des signaux différents pour nous indiquer que quelque chose dans l’environnement ne se passe pas comme d’habitude… J’emploie ce terme entre guillemets puisqu’en effet : malpropreté pour qui ? Le fait qu’un chat soit considéré comme très propre car faisant dans une litière amplifie encore plus le phénomène lorsqu’il fait hors de celle-ci. A-t-il cependant conscience de ce que nous, humains, considérons comme propre ou sale ?

Les chats sont des animaux d’habitude, si Bastet, Lulu ou Gribouille décident tout à coup de faire entre le canapé et le beau tapis persan plutôt que dans sa litière comme il le faisait jusqu’à présent, ce n’est ni un caprice ni une jalousie qu’il vous fait payer. C’est tout simplement qu’un événement l’a subitement dérangé. Il faut parfois chercher pendant longtemps car nos boules de poils sont très sensibles ! Une litière un poil trop odorante, une gamelle d’eau qui a changé de place ou une nouvelle odeur qui embaume tout le salon suffit à faire dévier la trajectoire des habitudes.

Une communication qui s’apprend et se construit

Un comportement utile pour qui ?

Pour revenir au marquage, ajoutons que les jets d’urine sont déposés aux endroits les plus stratégiques. En effet, ces zones s’identifient en plusieurs catégories mais les chemins pour se rendre à ces zones spécifiques ont également leur importance. A ce titre le chat marque non seulement à une hauteur facilement repérable mais dans des zones sensibles comme le périmètre de son nid, la zone d’alimentation ou les entrées de la maison par exemple. Tout dépend également de l’importance de la menace sur telle ou telle zone. Si je prends ma propre expérience par exemple, Kali (chatte stérilisée) marquait constamment à l’encadrement de la porte de la cuisine (cuisine donnant directement sur l’extérieur). Par « chance » son marquage était sous la forme de griffade mais ce comportement dénotait bien ici une angoisse pesante puisqu’un arbre à chat était pourtant méticuleusement posté à côté de cette porte. S’il ne s’était agi que d’un « entretien de griffes », si je puis dire ainsi, elle n’aurait pas ressenti ce besoin de marquer un passage aussi stratégique. Or, nous nous étions pris de sympathie pour un chat mâle (non castré) qui allait et venait dans notre jardin avant l’adoption de Kali. Au fur et à mesure des interactions entre les deux chats nous notions une agressivité naissante du chat contre Kali, celui-ci commençait à la chasser et la poursuivre. Le rapprochement a donc été fait assez rapidement entre son besoin de marquer son nid et cette angoisse constante de ce chat agressif souhaitant certainement conserver cette partie de territoire acquis. Le chat mâle étant un chat de nos voisins, nous avons simplement cessé nos interactions avec lui en privilégiant notre chatte. Les griffades à la porte ont donc cessé pour le plus grand bien de la tapisserie ! Cependant elle conserve encore de temps à autre un simulacre de marquage urinaire au niveau de ce passage (positionnement des postérieures et frétillement de la queue mais sans jet d’urine). Ce comportement est observable systématiquement lorsque l’on rentre ou lorsqu’il y a soudainement plus de monde à la maison (en langage chat cela veut dire « même si je connais cette odeur il y a tout de même un changement dans l’environnement »). Bien qu’aucun autre symptôme d’angoisse semblable à ceux évoqués au début réapparaisse, ce comportement me démontre encore à quel point les passages et les chemins pour se rendre d’une zone à l’autre sont importants pour eux.

En conclusion, nous avons essentiellement parlé du marquage urinaire mais il y a bien évidemment d’autres sortes de marquages utilisées par nos amis félins :

Les griffades et les frottements sont autant de signes qu’il est intéressant de repérer. Les marquages sont en général corrélés avec l’état émotionnel du chat : Les signaux et phéromones émis par frottement facial agissent comme un calmant, à l’inverse ceux émis par l’autre extrémité font référence à une angoisse ou une excitation.

Rendez-vous très bientôt pour la suite de l’aventure féline…

Animalement Vôtre.

Alicia.