Faire le deuil de son animal … Inconvenant vous dites?

 

L’épreuve du deuil, car il s’agit bien d’une épreuve, n’épargne personne et chacun le vit de façon très diverse. Et d’abord… Qu’est-ce que le deuil ? Penchons-nous en premier lieu sur cette question qui résonne comme l’écho silencieux de la grande faucheuse.

Le deuil est le contrecoup d’un changement,  ce changement qu’il soit attendu ou non, préparé ou non, est inéluctable. Il s’inscrit dans un cycle perpétuel à travers lequel nous ne pouvons que nous soumettre. C’est sans doute en cela où le changement est parfois terriblement perturbant, il souligne par là notre incapacité de maîtrise, nous replaçant ainsi comme simple élément constitutif d’un système et non comme le dirigeant du système. Nous obligeant silencieusement à nous repositionner et nous questionner sur notre propre maîtrise de notre vie, maître d’une vie qui s’articule plus au sein d’une grande illusion que d’un ensemble de choix parfaitement conscientisé, raisonné et immuable. Mais le choix nous l’avons ! Certes, nous l’avons. Nous avons le choix de tourner la tête à gauche plutôt qu’à droite, nous avons le choix de rester immobile, de cheminer, de s’aventurer ou de se précipiter. Tous ces mêmes choix construits et forgés dans les abîmes de l’être profond, ces endroits qui ne sont pas… maîtrisables. Ne serait-ce pas déjà le début d’un deuil ? Conscientiser que nos choix sont guidés par notre instinct, construits sur les fondations d’événements heureux ou malheureux que nous avons « oubliés » ou cristallisés ?

Ce faisant donc nous choisissons en notre âme et conscience de partager notre vie avec cet animal. Cela aussi constitue un changement, le changement d’un statut, d’une situation, le choix parfois de vouloir remplacer le « vide » par un être.

Notre vie se trouve alors réorganisée autour de cet animal, il prend donc une place des plus importantes dans notre univers. Peu importe l’espèce vers laquelle nous nous tournons, l’animal joue un rôle, un rôle dont parfois nous minimisons l’importance puisque après tout « ce n’est qu’un animal ». Tels sont les mots que nous serons susceptibles d’entendre encore et encore jusqu’à ce qu’ils forgent en nous-même cette croyance. Croyance venant en totale contradiction avec nos émotions, puisque bien sûr, l’animal est tellement plus au fond… Certains d’entre eux nous accompagnent depuis plusieurs dizaines de milliers d’années, en ce sens, comment minimiser leur importance ? Comment minimiser leur importance partant du fait que certains sachent nous prévenir d’une maladie, d’un danger ou encore soient capable de nous retrouver sous des décombres ? Les animaux ont une place de premier ordre aux côtés de l’homme, mais nous ne savons pas prendre la pleine mesure de cet état de fait… pas encore… pas tous.

La tristesse n’est pas un choix, elle est une émotion qui se vit, le seul « contrôle » que nous pourrions avoir c’est de décider de quelle façon regarder cette souffrance, en d’autre terme : comment je me situe face à elle et que puis-je apprendre d’elle ? Que me révèle-t-elle de moi-même face à cet « autre » ? Bien sûr cela est un cheminement personnel voire intime, nous ne sommes pas égaux face au deuil puisque chacun vit une souffrance en fonction de ce qu’il est. En outre, comment alors pourrions-nous conseiller à quelqu’un de « passer à autre chose » ou bien que « cela ne vaut pas le coup de se mettre dans cet état » ? La seule et unique vérité, c’est qu’il n’y en a aucune… La personne sait déjà au fond d’elle-même ce qui est bon ou non, elle seule sait si le moment est arrivé de passer à autre chose. Malgré toutes les meilleures intentions du monde (et je sais combien elles peuvent l’être), un deuil est une succession d’étapes psychologiques dont la durée ne peut être prédéfinie à l’avance. Simplement parce qu’il s’agit d’une expérience émotionnelle propre à chacun, savoir respecter cela c’est donner la possibilité à l’autre de pouvoir gérer au mieux sa souffrance.

Nous vivons 5 ans, 12 ans, 15 ans parfois avec cet animal qui nous accompagne pendant les multiples événements de notre vie, comment alors cet être ne pourrait-il pas créer un vide en partant ? Faire le deuil de son animal c’est non seulement un droit mais je dirais même une nécessité de grande importance. Faire son deuil c’est donner le droit d’ouvrir le champ des possibles tout en conservant les ancrages positifs du passé, c’est s’ouvrir accepter le changement et plus important encore, dans l’éventualité ou un autre animal suivrait, c’est lui donner la possibilité d’être accepter dans sa différence (et non vécu comme « substitue » de la perte du précédent).

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