Reconnaître les signaux du chat.

Le chat est un animal craintif mais qui, comme tous les animaux sociaux et sociables, sait parfaitement bien rentrer en interaction. Seulement voilà, l’Homme est Homme, le chien est chien et le chat est chat, qu’est-ce que cela signifie ? Simplement que ces 3 prédateurs ont leurs propres codes inhérents à leur espèce.

L’Homme, prit dans sa soif de penser, ou de panser l’Univers vit bien souvent dans un monde abstrait, déconnecté, déraciné de ce présent éternel dans lequel vit l’animal. Est-ce là la quête infatigable de l’Homme ? Percer le secret de cet éternel présent à son contact ? Les pensées de l’Homme tourbillonnent encore, même lorsque le manège ne chante plus. Prenons le temps de prendre du temps, avec lui, avec nous. Et si nous prenions ce temps, que se passerait-il alors ? Suis-je encore quelqu’un si je ne pense pas ? « Je pense donc je suis » n’est qu’une des multiples réalités envisageables… 

Sans pour autant nous convertir au Taoïsme, dépassons les mots pour quelques temps, juste quelques minutes pour se reconnecter à soi-même et à l’autre, observer en simplicité ce qui vient.

Je vais tâcher de m’extirper un peu de la philosophie afin de vous donner quelques pistes concernant les nombreux signaux du chat. (J’y reviendrai au travers d’autres articles bien sûr).

Qui n’a jamais eu cette impression d’avoir en face de lui une boule de poils « ascenseur émotionnel » toutes griffes dehors alors que le délicieux matou ronronnait joyeusement quelques minutes avant ? Sachez que tous les animaux (lorsqu’ils sont bien dans leurs pattes !) préviennent avant de passer à l’acte. Un mouvement d’oreille, un battement de queue, une pupille dilatée… Les signaux sont parfois peu visibles, mais ils sont bien là ! 

En tant qu’Humain, nous avons tendance à privilégier la parole, et c’est bien normal car c’est cela qui nous caractérise le plus. Cependant cette « sacro-sainte parole » que nous portons en haute estime nous est bien souvent néfaste pour le décodage subtil de nos animaux. Apprenons ou réapprenons à laisser nos facultés langagières de côté pour mettre en avant une communication plus adaptée face à nos félins, une compréhension de leurs codes et de leur fonctionnement. 

Socialisation, sociabilité… Quésaco ?

Tout d’abord j’aimerai différencier deux notions qui sont parfois confondus : la socialisation et la sociabilité. La socialisation tout d’abord intervient dans les premières semaines de l’animal, pendant cette période la mère apprend à son petit à le « coder » c’est-à-dire à faire en sorte d’une part qu’il acquiert les codes sociaux propres à son espèce mais cette période lui permet également à reconnaître les espèces « amies » (humains, chiens, lapin, poule etc…). De cette façon il lui sera plus facile d’établir des relations sociales. 

L’aspect sociable quant à lui se réfère à l’envie de rechercher la compagnie des autres individus. Nous disons donc d’un animal qu’il est correctement « socialisé » et qu’en plus il est sociable en recherchant l’interaction. 

Cela ne veut pas dire en revanche que tous les chats sont correctement socialisés… Si le chaton a été retiré à sa mère trop tôt, celle-ci n’aura pas eu le temps de tout lui apprendre, mais il arrive également que la mère soit jeune et/ou inexpérimentée. Dans ce type de cas, le travail, la patience et certaines connaissances spécifiques seront indispensables. 

Quel que soit l’indicateur, il est toujours important de contextualiser celui-ci et d’ouvrir son champ de vision à un point de vue systémique afin de bien comprendre et déchiffrer les choses.

Lune à tique et ch’atypique !

Si je reprends l’exemple d’un matou ronronnant joyeusement puis devenant une laboureuse à main quelques secondes plus tard, que peut-on observer ? Tout d’abord, on pourra éventuellement voir ou ressentir une tension musculaire, d’une position « affalé » il se redresse, tourne rapidement une ou deux fois la tête vers cette main qui s’est invitée là. 

Un battement de queue parfois rapide peut se manifester alors que les oreilles ont déjà amorçé leur rotation à 180°… Ici, le gentil matou vient de nous prévenir de 5 façons différentes qu’il ne souhaite pas spécialement être caressé maintenant. Malgré tout « il ronronne quand même » me direz-vous, « ça signifie qu’il aime bien cela ! » 

Eh bien, pas nécessairement… 

Le ronronnement chez le chat n’est pas automatiquement synonyme de bienêtre, on peut tout aussi bien l’entendre lorsque celui-ci se retrouve dans une situation anxiogène. Le ronronnement aura alors une fonction calmante, lui rappelant ainsi les sons apaisants de sa mère.

Le ronronnement à lui seul ne peut décrire un état émotionnel, tout comme n’importe lequel des signaux vus précédemment s’il est isolé. 

Quoiqu’il en soit, si cette première tentative dissuasive ne fonctionne pas pour son humain, Ronron va donc passer à des signaux plus explicites. Comme par exemple un changement de posture ou un simulacre de morsure avant la réelle morsure qui, elle aussi, est normalement toujours inhibée si sa mère lui a bien enseigné les choses.

Prenons un autre exemple de signaux qui provoque bien souvent incompréhension et questionnement pour les heureux propriétaires d’un chat ET d’un chien

Comment un chat s’approche t-il d’un autre d’une manière amicale ? Un port de tête haut, les oreilles bien droites et pointées vers l’avant, une queue en l’air et immobile et tout cela enrobé d’une cadence de pas assurée et confiante (le chat arrive ici en ami). 

Ce sont en tous les cas les signaux que tout chat bien dans ses chaussettes pourrait interpréter comme une approche amicale. Cependant, si nous changeons de lunettes et que nous regardons cette approche au travers les verres du chien, comment interprète-t-il cela selon vous ? 

Une démarche « droit devant » avec un port de queue et de tête haut tel que celui-ci, indique une approche dominante dans la langue du chien. A moins bien sûr, que nos deux compères aient été habitués à un langage différent et qu’ils soient aujourd’hui bilingues. A cette communication parfois mal comprise s’ajoute également la nature même d’un prédateur et d’une proie (le chat est en effet proie et prédateur). L’instinct de fuite de l’un entrainant irrémédiablement l’instinct de poursuite de l’autre, à moins que l’ami canin soit parfaitement bien éduqué et ait appris le renoncement à la simple parole de son maître, mais nous en reparlerons très bientôt !

Bon courage à tous pendant cette période,

Animalement Vôtre !

Alicia Delaunay