Articles chiens

Une friandise pour récompense ?

Il existe dans le domaine canin en général, une habitude au cœur de l’éducation canine. La fameuse friandise ! Je tiens tout d’abord à informer et rassurer les lecteurs : Cet article a essentiellement pour but de partager certaines de mes connaissances acquises au cours de mes années d’expériences et de formations. Mes intentions sont donc bienveillantes.

Une motivation rapide !

Lors de mes toutes premières rencontres avec le monde canin, j’ai moi aussi succombé à l’utilisation de la friandise. Pourquoi ? Eh bien, parce que cela est rapide et que le chien revient quasiment systématiquement ! En clair, parce que cela fonctionne !

éthologie canine
Ethologie canine

Par ailleurs, comme tout néophyte, j’ai réellement aimé « m’outiller » en me rendant dans l’animalerie la plus proche pour acheter toute sorte de gadget ; Tous plus attrayants les uns que les autres et, selon moi, très utiles ! Dans la très grande majorité des cas (pour ne pas dire tout le temps…), les accessoires sont d’abord pensés pour plaire au propriétaire. Suis-je en train de dire que tous les accessoires sont à bannir ? Absolument pas, il y a certains outils indispensables pour cette belle pratique qu’est l’éducation canine et nous pourrons l’aborder dans un autre article.

La conscience de la relation

A mon sens, un double problème se pose très vite face à cela. Tout d’abord, que faire lorsque le paquet de friandise est vide et que vous vous apercevez de cela sur le terrain d’entraînement ? … Si Prince ou Gizmo a été habitué au « bonbon » pour revenir au rappel, pensez-vous qu’il le fera encore au bout de deux rappels sans friandises ? Il y a des exceptions partout me direz-vous… Mais soyez rassurés, votre chien est conscient et intelligent, aussi, il aura vite compris. 

L’intelligence du chien a déjà fait couler beaucoup d’encre, aussi, je vous partagerai simplement les paroles d’un éminent scientifique. Lors de la conférence de la Déclaration de Cambridge sur la conscience (en 2012), le physicien Stephen Hawking déclarait ceci : « Des preuves convergentes indiquent que des animaux non humains possèdent les substrats neuroanatomiques, neurochimique et neurophysiologique nécessaires à la conscience et qu’ils sont capables de comportements intentionnels {…} ».

Conscience animale

A cela, P. Jouventin (ancien directeur du CNRS) ajoute que « si par conscience, on entend les capacités intellectuelles supérieures (l’abstraction, le raisonnement…), le chat et le chien sont tout à fait capables de résoudre des tests complexes ». En sommes, même s’ils ne parviennent pas à passer le test classique de Gallup*, les chiens et les chats ne sont pas en reste quant à l’intelligence cognitive. Pour décrire simplement cette forme d’intelligence, il s’agit de la capacité à observer une information dans l’environnement, la mémoriser, puis la retranscrire. La cognition fait référence, entre autres, à la compréhension soudaine entre une action et sa réponse ; puis à la capacité d’agir pour recréer cette réponse souhaitée (ou « instrumentalisation » dans certains cas). 

Dans les yeux du chien

En ce sens, la deuxième problématique qui est encore plus dommageable est celle de l’impact sur la relation qui en découle. Banaliser la nourriture peut avoir des répercussions sur le système en place entre le propriétaire et son chien. La raison en est simple, parce qu’il s’agit là d’un des nombreux enjeux sociaux qui font du chien… Un chien. J’aborde également ce sujet dans l’article « Comment penser chien ? » Nous, humains, avons cette tendance naturelle (et normale !) de projeter beaucoup de nos idées et affects. La nourriture en fait partie. Si pour nous la nourriture a une certaine valeur, elle représente une autre valeur pour nos amis canins. Inconsciemment, nos mœurs et nos interprétations viennent parfois troubler leur manière de vivre. Pierre Jouventin citait très justement Frans De Wall (éthologue) :« Après tout, les animaux aussi ont des règles sociales d’entraide et de partage, des modes de régulation des conflits {…} ».

Mais alors… Que faire ? Ne faut-il pas récompenser son compagnon lorsqu’il fait ce que l’on attend de lui ? Je sais que cette question vous brûle les lèvres comme elle a brulé les miennes. Cent fois OUI ! La récompense est non seulement souhaitée mais oh combien nécessaire pour l’apprentissage. Sans élément renforçateur, le comportement ne subsiste pas (ou très peu). Mais pas n’importe quelle récompense, une récompense adaptée en fonction de l’animal. Eh oui, pour récompenser efficacement il faut comprendre ce qui motive l’individu, c’est la même règle que pour tous les êtres vivants !

Interconnexion du vivant

Après tout, évoluer avec « le vivant » implique nécessairement une adaptation et une compréhension des mécanismes qui le composent. Ne serait-il pas ennuyeux que la recette soit en tout point identique chez tous les animaux ? Ce qui fascine, ce qui interpelle, ce qui suscite autant d’intérêt… N’est-ce pas justement cette découverte intarissable ? La toile de fond éthologique est ce qu’elle est, mais chaque individu a son caractère. Il y a tellement plus à offrir à son chien qu’un morceau de saucisse ou un bout de fromage. Prenez-vous au jeu, observez-le, découvrez-le… Un petit indice, que fait-il lorsque tout à coup vous décidez de lui donner votre attention ? Vers quoi, vers qui s’oriente-t-il ? Rappelons-nous que les chiens (comme nous-mêmes) sont des êtres de relation. C’est donc dans cette direction qu’il faut se tourner, c’est dans notre manière d’être présent à lui que se trouve la meilleure des récompenses. 

Adaptation et relation

Par ailleurs, j’insiste sur ce « peut avoir des conséquences », car encore une fois, nous évoluons avec des êtres vivants. Cela signifie que deux individus réagiront de manière différente en face du même stimulus, il faut donc voir les choses dans leur globalité. Savoir distinguer l’ensemble des possibles incohérences qui mènent à un trouble, si trouble il y a. Car le comportementaliste intervient uniquement dans le cadre où la relation n’est pas harmonieuse. C’est-à-dire où il y a un problème vécu et définit par la personne.

Certes, il est passionnant de comprendre et de décrypter les comportements de nos amis. Mais pourquoi rechercher une solution lorsqu’il n’y a pas de problème ? A trop vouloir comprendre, analyser ou déchiffrer, nous oublions parfois l’essentiel qui est simplement de vivre l’instant de beauté et de partage que nous offre la vie. Alors, vivez en pleine conscience du moment que vous partagez avec votre animal. Vivez chaque moment car vous ne vivrez qu’une fois chacun d’entre eux.

(*En éthologie cognitive, ce test permet d’évaluer la reconnaissance de son corps dans un miroir.) 

En attendant une nouvelle parution, je vous souhaite une belle semaine, et une bonne visite sur le site.

Animalement vôtre !

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *